Je suis partie en sprint ce matin. Je voulais avoir le temps de me rendre à l’hôpital avant le début de mes cours.

Je passe la porte de l’hôpital, je coupe l’habituelle question du gardien de sécurité “je n’ai pas de symptômes de la grippe”, j’attends qu’il me colle mon bracelet vert.
J’arrive à la chambre de MD, les préposées sont affairées, porte fermée, comme le veut le protocole, pour “assurer l’intimité du bénéficiaire”. J’entends les voix des préposées. MD ne parle plus, depuis mardi, jour où je l’ai entendu articuler difficilement ses derniers mots. Je regarde l’heure. Si je colle encore au bord de la porte, j’arriverai en retard à mon labo.

Je repars. J’arrive au labo… 1 minute trop tard. Porte fermée là aussi.

Je passe la journée… présente de corps mais pas d’esprit.

Hier, il ne mangeait plus… 24h ou moins, je savais.

Les heures s’étirent comme de la mélasse refroidie par ce givre qui n’a pas quitté le sol aujourd’hui. Je me dépêche à la fin de mon cours… mais je sens que c’est inutile. Je me rends à sa chambre, en St-Thomas: je veux la confirmation. Je veux l’heure.

Et puis…

… l’évidence du lit vide.

Bon voyage, Michel.

Avec moi, je garde ces quelques trop rares portraits de toi, le souvenir du casque de rafting, du coup de soleil “en coccinelle” sur ton coco rasé, les feux de camp, les matins au chalet, le lac, les chants de huards, cette aube si hésitante de se présenter, presque gênée de nous déranger dans nos nuits blanches à refaire le monde, le canot, la pêche, les randonnées… j’avais 15, 16, 17 ans… peu de gens peuvent se vanter de m’avoir apprivoisée à cet âge.

Bonne éternité, Michel.

Toute ta souffrance est maintenant terminée… tu pourras passer tout le temps que tu voudras dans cet automne que tu voulais perpétuel pour la flamboyance de ses couleurs, à chasser autant d’orignaux que tu le voudras… les huards chanteront toujours pour toi.

(MD: 28 décembre 1951 – 19 novembre 2009)

tristemauve