Contrairement à ce que vous pouvez penser, non, je ne suis pas morte, et non, je n’ai pas non plus été enlevée par une horde de raéliens désireux de cloner mon merveilleux corps et mon cerveau génial.

Non, je suis seulement dans le jus de la fin de session, comme toute étudiante qui se respecte, qui plus est, la photo prend beaucoup de mon temps, ce que j’expliquerai au cours d’un futur post -dès que j’ai trouvé comment on fait les journées de 30 heures.

Ce qui me pousse à écrire aujourd’hui, c’est l’envie que j’ai de refaire le monde depuis quelques semaines: j’y peux rien, ça me hérisse les poils, environ 3 fois plus qu’une fourchette qui grince dans une assiette en porcelaine de Limoges.

Retravaillons un brin l’actualité québécoise et mondiale des derniers jours, vous voulez bien ? (Et pi même si vous voulez pas, m’en fiche, chui chez moi, et j’espère que vous avez essuyé vos chaussures en entrant, bande de moules.)

D’abord, près de chez moi: la grève étudiante.

Comme si vous (Québécois et étudiants) n’en aviez pas déjà assez entendu parler, voilà, Akelia s’y met.

D’abord, une petite mise au point pour les lecteurs étrangers s’impose: long story short, le gouvernement libéral au pouvoir dans la province de Québec a effectué des coupures drastiques (103 millions $, au cas où vous n’auriez pas vu ce chiffre placardé partout où vous regardiez) dans le budget accordé à l’Aide Financière aux Etudes, haussant ainsi le plafond d’endettement de l’étudiant moyen, diminuant la somme des bourses accordées, et augmentant les prêts. Résultat: on est moins riches, pour plus longtemps.
Ceci constitue UN DES POINTS qui a déclenché le mouvement de grève chez les étudiants, il y en a d’autres, mais puisqu’il faut un bouc émissaire, c’est le gouvernement qui en prend plein la gueule, et on oublie les autres points.

Pendant les semaines durant lesquelles la grève était en vigueur (elle l’est encore pour certaines concentrations/universités), le Québécois moyen a été littéralement enseveli d’informations, et de désinformation. Le Québec est choyé au Canada, en Amérique du Nord, la gratuité scolaire, l’Université ça coûte pas cher, on a un coût de la vie dérisoire, blahblahblah, regardez les étudiants, ils roulent grosse bagnole et portent des fringues de marque, tout le monde peut bosser et se démerder dans la vie, vous pouvez vous démerder, arrêtez de râler, vous avez tout cuit dans le bec, pauvres petits n’étudiants sans-le-sou condamnés à s’alimenter au houblon, il faut lutter pour l’égalité, l’union fait la force, so-so-so-solidarité, prolétaires de tous les pays, unissez-vous.

Ca va, j’ai rien oublié ?

Je peux dire ce que je pense, maintenant ? Maintenant que la grève de ma concentration est finie, je peux parler ?
Balancez-moi des cailloux si vous voulez, m’en fiche, ça pourra jamais être pire que toutes les horreurs que j’ai entendues de la bouche d’étudiants grévistes qui n’avaient _aucune idée_ de la raison pour laquelle ils arboraient ce petit carré de feutre rouge.
D’abord, la grève, j’ai voté contre. De toutes mes forces. Les syndicats ont trop de pouvoir au Québec, contribuent à la démocratisation vers le bas (keep a low profile), et _en plus_, les étudiants (qui PAYENT pour recevoir une éducation, je vous le rappelle) tentent de se donner le pouvoir qu’un syndicat pourrait avoir.
Dois-je rappeler que les syndicats sont _habituellement_ constitués de travailleurs SALARIES, qui cotisent afin de payer leur état de membre du syndicat ? Ils disposent donc d’un certain fonds, utile pour compenser le salaire qu’ils ne reçoivent pas, puisqu’ils sont en grève. Or, le statut d’un étudiant fait de lui quelqu’un qui paye pour obtenir de l’éducation -et non qui est payé pour s’instruire… C’est donc de se tirer dans le pied allègrement que de boycotter les cours et de mettre en jeu une session d’université ou de cégep.

So-so-so-solidarité ? Je ne crois pas, non. J’ai peut-être été profondément égoïste en m’opposant à cette grève, même si je fais partie de ces gens touchés par les coupures à l’Aide Financière. Mais je crois qu’une session bousillée (3 mois d’études) pèse plus lourd dans la balance d’un diplôme qu’on allonge -retard sur l’entrée dans le marché du travail.

Rajoutons à ça les imbéciles de première (dont je suis malheureusement entourée) qui étaient tous contents d’avoir quelques jours de “congé” pour profiter du soleil… Bizarre, comme les grévistes sont bronzés ! Merde, vous avez voté une grève, allez donc manifester avec les autres ?? Certains ont usé de moyens de pression plus intelligents que d’autres, heureusement… Sans oublier l’occupation des bureaux du Parti Libéral du Québec sur le Chemin Sainte-Foy il y a deux semaines, occupation qui a forcé l’intervention de l’escouade anti-émeute. (D’ailleurs, bientôt des photos là-dessus aussi.)

En clair, la majorité entend parler uniquement de la minorité, celle qui est poilue, à poncho, qui porte des sacs en macramé et qui fume de l’encens, celle qui dérange, qui a un discours incohérent, et qui veut refaire le monde à coup de peace and love, qui est contre le mal et pour le bien. Des discours aussi vides que ceux du gouvernement…

J’ai fini avec la grève, c’est bon, vous pouvez revenir, les activistes désireux de me traiter de vilaine capitaliste. (Allez, faites-vous plaisir, je n’en ai pas assez entendu lors des assemblées générales, et j’ai le dos large, je ne fais pas le poids contre vous, la masse…)

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Maintenons la pression, bien affalés dans un canapé.

Okay, point 2: je vais être sympa, je vais pas parler de la mort du Pape, parce que si j’en parle, je vais dire des trucs qui vont offenser plein de gens, et que maintenant, il peut _vraiment_ reposer en paix, alors laissons-le donc tranquille…

Point 3: la surenchère médiatique générale.

Oh, les jolis mots, n’est-ce pas ? Je sais de quoi je parle, c’est mon domaine d’étude, et c’est mon boulot, quel hasard. Je peux donc parler en connaissance de cause: il est joli, le monde !

Observez le phénomène suivant:

1. Tsunami en Indonésie/Sri Lanka/Thaïlande/etc: le monde désolé, les victimes, les morts, les vivants, les ressuscités, les dollars affluent, on s’achète une bonne conscience, et hop, quelques millions de la part d’une vedette tout sourire, voilà, la planète est unie. Premières pages des grands journaux, dossiers approfondis à la télé, enquêtes, entrevues à la radio… Les médias veillent.

2. Commission Gomery, scandale des commandites: la population du Québec et du Canada toute entière est sous le choc de réaliser que la corruption sévit sous ses yeux ahuris, dans sa propre cour, et pas seulement en Russie, ce vague pays d’outre-atlantique. Premières pages des grands journaux, dossiers approfondis à la télé, enquêtes, entrevues à la radio… Les médias veillent.

3. Procès de Sophie Chiasson contre CHOI/Jeff Fillion: on éclipse les commandites, victime, grand méchant loup, Sophie Chiasson traumatisée à vie, larmes, colère, compensation financière, on achète les excuses, ça ne se passera pas comme ça, j’irai en appel, premières pages des grands journaux, dossiers approfondis à la télé, enquêtes, entrevues à la radio… Les médias veillent.

4. Le Québec change à nouveau de cible: après un certain temps, on se fatigue de toujours taper sur les mêmes: retour au scandale des commandites. Accusations, je ne me souviens pas, j’étais jeune et innocent, quels millions ? Premières pages des grands journaux, dossiers approfondis à la télé, enquêtes, entrevues à la radio… Les médias veillent.

5. Manifestations/grèves étudiantes: pendant un moment, les commandites sont reléguées au second plan: ce ne sont plus les vieux qui sont scandalisés, mais les jeunes. On monte aux barricades, on essaie de les faire tomber, premières pages des grands journaux, dossiers approfondis à la télé, enquêtes, entrevues à la radio… Les médias veillent.

6. Breaking news !! Mort du Pape. N’apu commandites, n’apu Sophie Chiasson, n’apu grève étudiante: la planète est en émoi, l’Eglise perd son saint-père, les fidèles en déroute envahissent Rome dans l’espoir de ramasser une éventuelle relique. On sort les évèques des boules à mites, retour sur Céline et sa colombe en 1984. Premières pages des grands journaux, dossiers approfondis à la télé, enquêtes, entrevues à la radio… Les médias veillent.

7. “Aujourd’hui c’est toi, demain on va prendre une autre face.” La gloire des événements est éphémère, le temps passe, coule, file, l’histoire se déroule devant nous, bêtes spectateurs, qui demandons l’information en pâture, sur un plateau d’argent.

La morale de tout ça ? Facile. Vous voulez qu’on parle de vous ? Akelia a la recette miracle: on parlera de vous, et ça vous rapportera des gros sous !

– Coupez-vous un bras, prétendez que vous l’avez égaré suite à un raz-de-marrée -vous recevrez des compensations financières de votre assureur-, et les médias voudront recueillir votre témoignage de miraculé,
– dénoncez les pots-de-vin que le maire de votre ville reçoit -vous recevrez une récompense, la délation, ça se paie-, et les médias voudront entendre votre version des faits, vous comptez, en tant que témoin, vous, cher citoyen concerné et impliqué,
– attaquez un animateur radio pour diffamation -vous obtiendrez de l’argent en compensation pour dommages psychologiques-, les médias feront la une avec votre tête de victime (n’oubliez pas que vous avez un bras en moins, ce qui attire inévitablement la pitié),
– arborez votre bras coupé en plein centre-ville -prenez soin d’avoir bien alerté les médias avant, histoire de ne pas vous retrouver seul comme un couillon-, vous voulez de l’aide pour la rédaction de votre communiqué de presse ?
– organisez une manifestation pour exprimer votre désaccord (désaccord à propos de quoi, on s’en fout, tant que vous gueulez quelque chose qui se rapproche vaguement du so-so-so-solidarité), n’oubliez pas les porte-voix, pancartes, signes de paix avec les 2 doigts (un c’est bien, mais deux c’est mieux !), fanions, masques à gaz, cagoules, carrés de feutre rouge et autres accessoires indispensables au manifestant de base, et les médias tourneront des images délectables de vos actions pacifistes,
– inventez une petite histoire sympa de poignée de mains entre vous et le Pape ou vous et Lady Di -ils ont la même notoriété maintenant, et les médias s’arracheront votre bras restant pour avoir une entrevue exclusive de votre part,
– ouvrez un weblog afin d’étaler vos états d’âme et permettre à vos lecteurs de suivre l’évolution de votre vie dans les moindres faits -si ça se trouve, un journaliste s’intéressera à vous car vous faites partie de ce phénomène de moins en moins underground et vous recevrez des sous pour cette entrevue,
– n’oubliez pas de blâmer l’importance que les médias vous accordent, ce qui vous poussera à prendre une retraite anticipée en tant que miraculé-victime-témoin-membre de la société.

Quoi, vous trouvez que j’exagère ? Je suis pessimiste, négative, je ne vois que le mauvais côté des choses ? Allons, allons, je suis pourtant super positive ! Je vous donne la recette pour un succès garanti, c’est-y pas un beau cadeau, ça ?

Oui, bien évidemment que j’exagère. Je vois le monde beaucoup plus beau que ce que je viens de vous décrire. Mais on ne parle pas du monde quand on le voit d’une belle façon: c’est la tristesse, la douleur, la colère, la peine, le sang et le sexe qui font vendre.

Désolée, je n’ai pas de ça à vous offrir. Je reste une indécrottable optimiste, qui se cache derrière des jeux de mots ridicules, et des photos que je veux sensibles et artistiques.

Mais ça, ça ne fait pas vendeur.

Les médias veillent -c’est ça qu’on appelle concentration médiatique ? :p
Sans commentaires.