Vraiment, j’ai envie de mordre. Préparez-vous, ce ne sera pas un texte marrant. J’ajouterais même qu’il peut ne pas convenir aux âmes sensibles et autres esprits dénués de sens critique, bref, quotients intellectuels fougéresques s’abstenir. En clair, foutez-moi le camp, cellules même-pas-totipotentes que vous êtes. (Pardon, je manque encore de simplicité: dégage, p’tit con.)

Voilà, pardon aux autres pour cette vulgarité, il le fallait. Nous sommes maintenant entre nous. Et entre nous, je peux me confier, vous confier, à vous, chers lecteurs, la raison de mon envie de mordre.

Lors de ma tournée internetienne matinale (blogs et sites d’actus), qui a sur moi l’effet d’un bon café, je lis parfois des choses qui me font écarquiller les yeux, tel l’oisillon abasourdi par l’effarante réalité qui s’impose à lui au sortir de la douillette coquille.

Ainsi, aujourd’hui, la source de la dilatation exagérée de mes pupilles, c’est ceci:
“Selon une enquête menée par le quotidien Le Soleil, 78,9% des étudiants de l’Université Laval qui se destinent à l’enseignement préscolaire et primaire ont échoué le test mesurant leur connaissance du français.
[…]
La direction du département voudrait bien que les exigences soient plus sévères à l’endroit des futurs professeurs, mais elle soutient qu’elle serait forcée de refuser trop d’étudiants si tel était le cas. À la longue, cette situation pourrait conduire à une pénurie de professeurs.”

Alors là, permettez-moi de ruer un bon coup (et même deux) dans les brancards. Détrompez-vous, je ne tombe pas des nues, je sais que l’étudiant québécois moyen écrit son français comme une râpe à fromage rouillée: il charcute tout. J’ai dépassé le stade du “je suis scandalisée/oh mon dieu c’est terrible/diantre mais quelle horreur/que va-t-on devenir”. Je n’ai même plus envie de taper sur les pauvres ch’tis n’étudiants en peine qui tremblent à la simple idée d’avoir à accorder un participe passé, ni même de trucider les décérébrés qui ne savent toujours pas comment se servir d’un dictionnaire et de leurs dix doigts. Non, la seule chose que j’ai franchement envie de faire, c’est de régresser jusqu’au stade primal, et de hurler.

Hurler, comme j’ai failli le faire, juste avant le début d’un examen, jeudi dernier. Avant de nous distribuer les questionnaires, le prof fait une petite annonce:
“Bon, puisque c’est à peu près impossible d’apporter un dictionnaire pour 350 personnes, j’ai décidé de ne pas comptabiliser les fautes d’orthographe et de grammaire dans l’examen.”

Annonce accueillie immédiatement par des “YESSS”, “ouaiiis”, “cool”, et autres démonstrations de joie et de soulagement. Alors que moi, j’ai failli hurler à la fois “QUOI ??!”, “WTF !??”, “Putain mais vous vous rendez compte, c’est ridicule !!!” et autres démonstrations de révolte. Mais j’ai préféré rester silencieuse, une mort par lapidation à base de stylos, de cartables et de verres à café ne m’intéresse pas encore.

Pendant tout mon examen, j’ai ruminé de sombres pensées. Après 50 QCM, 2 questions à développement court (moins de 5 lignes) m’attendaient, et je me répétais “c’est pour 10 putain de lignes que les fautes ne seront pas comptées”. Traitez-moi d’élitiste si ça vous chante, mais moi, savoir qu’on peut massacrer son français en toute impunité, dans un cours universitaire, sur 10 petites insignifiantes lignes, ça me met hors de moi.

D’abord: ce n’est pas au prof d’apporter un dictionnaire pour les ch’tits n’étudiants, c’est AUX ETUDIANTS DE PREVOIR QU’ILS EN AURONT BESOIN puisqu’ils sont trop quiche-tarte-courge-légume-nouille-autre denrée alimentaire à faible QI pour avoir appris à écrire correctement quand c’était encore le temps.
Ensuite, et là je m’adresse à vous, responsables universaux de l’éducation: ce n’est pas en ne comptabilisant pas les fautes que vous aidez les pauvres ch’tits n’étudiants !!

Je n’ai pas été éduquée dans la ouate, mais je n’ai pas subi non plus la punition à coups de matelas de fakir. Simplement, j’ai appris à lire, à écrire, à compter, tout ça, comme tout le monde. Mais la différence, c’est que quand je me posais une question à propos de la signification d’un mot, mes parents, plutôt que de me la donner, m’ont appris à aller voir dans le dictionnaire. Le système D, ça commence tôt. Et ce n’est pas en élevant des larves qu’on obtiendra des individus dotés de la capacité de se débrouiller et de réfléchir par eux-mêmes !

Un jour ou l’autre, il faudra que les ch’tits n’étudiants apprennent que des doigts, ça s’enlève du nez, ça se nettoie, et c’est utile pour feuilleter les pages d’un dictionnaire ou d’une grammaire, à défaut de se les planter ailleurs.

Mais le pire, la cerise sur le gâteau, c’est quand j’entends des adultes -après avoir vécu l’épisode du prof qui ne comptera pas les fautes- que “rhalala les jeunes d’aujourd’hui, ils ne savent plus écrire, je vous jure, ils ne leur montrent plus rien à l’école, c’est dingue, dans mon temps, on faisait du latin, blablabla”… Pardonnez-moi d’exister et d’avoir envie de vous défoncer les tympans en criant, mais L’EDUCATION, CA COMMENCE AVANT L’ECOLE, BANDE DE MOULES EMPLATREES !!!

Mais faut pas leur en vouloir, leur cheminement de pensée est logique: les parents mettent l’insuccès de leur abrutie de progéniture sur le dos tous les profs qui ont subi ladite progéniture, et c’est parti pour la ronde: les profs d’université mettent la faute sur le dos des profs de CEGEP, les profs de CEGEP mettent la faute sur le dos des profs de secondaire, les profs de secondaire mettent la faute sur le dos des profs de primaire, les profs de primaire mettent la faute sur le dos des profs de maternelle, qui eux, bien évidemment, puisqu’ils ne peuvent pas remonter plus bas (!), mettent la faute sur le dos des parents. Et la boucle est bouclée…

Forcément, ça prend un coupable. Alors voilà, tout le monde s’unit pour chercher: c’est la déresponsabilisation des parents, c’est la société nord-américaine judéo-chrétienne, c’est la femme qui travaille et ne s’occupe plus de ses enfants, c’est le professeur insouciant, c’est le ministère de l’éducation, c’est la télé, c’est les jeux vidéos, c’est internet, c’est la mode, c’est pas ma faute, c’est mon choix.

… “Avant de voir la paille dans l’oeil du voisin, regarde d’abord la poutre qui est dans le tien”.